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La glacière de Tourinnes-la-Grosse

AVIS AUX CURIEUX! Le dimanche 9 juin prochain, visite guidée de la glacière.

 

 

 

 

 

 

 

 

La glacière de Tourinnes-la-Grosse

En juin 2017, pour évaluer la possibilité d’y accueillir l’hibernation des chauves-souris, une visite a été réalisée avec Vincent Bulteau – agent communal en charge de l’Environnement et de la Mobilité – de l’ancien abri utilisé par les habitants et écoliers de Tourinnes-la-Grosse afin de se protéger des bombardements qui ont eu lieu durant la Seconde Guerre mondiale. Cet abri qui relie le cimetière et la cure en passant sous la rue de La Bruyère Saint-Martin se présente sous la forme d’une vaste cave voûtée. Au fond de cette cave, au niveau de la propriété du presbytère, se situe ce que d’aucuns connaissaient comme un simple puits rempli d’eau dont la légende locale laissait entendre qu’il s’agissait du départ d’un sous-terrain plus vaste et mystérieux. En réalité il s’agit d’une glacière qui devait équiper le bâtiment de la cure lors de ses affectations antérieures, aux alentours du premier tiers du 18e siècle.

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Vue de la glacière au départ de l’espace de stockage

Les glacières naturelles, l’ancêtre du congélateur

Récolter la glace en hiver et la stocker dans des glacières pour pouvoir en prélever durant les mois plus chauds est une pratique connue depuis l’Antiquité. Que ce soit pour garder des aliments au frais, rafraichir des boissons, confectionner des sorbets ou pour un usage thérapeutique, l’emploi de la glace ne cessera d’augmenter et s’invitera également de plus en plus chez les privés les plus nantis. Sa vente devient très rapidement un commerce florissant. À Bruxelles en 1875, la consommation annuelle de glace importée de Norvège atteint les 9 millions de Kg !

Chez nous, les glacières à glace naturelle se développent dès la Renaissance mais connaissent leur apogée au 18e siècle[1]. À cette époque, chaque domaine d’importance se devait de posséder la sienne. Leur utilisation se prolongera jusqu’au début du 20e siècle mais disparaîtra avec l’apport des réfrigérateurs domestiques. Si le premier de ce type, le « Domelre », est créé en 1913 à Chicago, ils n’apparaîtront sur le vieux continent qu’à partir des années 1950.

Fonctionnement et typologies

Une glacière à glace naturelle fonctionne sur base d’un principe simple : une grande quantité de glace fond proportionnellement plus lentement qu’une petite.

De façon générale, une glacière se compose de trois éléments principaux : un accès, une cavité de stockage et un dispositif de couvrement. L’accès se fait ordinairement par un couloir équipé au minimum de deux portes (ouvertes et fermées successivement) et parfois d’un coude, afin de limiter la présence de courant d’air chaud. L’espace de stockage est une cuve enterrée, de forme cylindrique ou tronconique (pour éviter l’affaissement des terres lors du creusement de la cavité) et pourvue d’un puisard destiné à évacuer l’eau de fonte.  Le couvrement est soit charpenté, soit maçonné (coupole), et doté d’un anneau métallique dans l’axe de la cuve, pour y attacher une poulie facilitant le déchargement des blocs de glace.

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Illustration d’une glacière dans l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert (1751–1781)

L’implantation des glacières se fait le plus souvent en terrain sec, proche d’une étendue d’eau, à l’ombre d’arbres ou d’un mur et orienté vers le nord pour éviter au maximum l’ensoleillement. La glacière, aussi simple soit elle dans son principe, se devait d’être bâtie avec le plus grand soin afin d’éviter l’arrivée de l’humidité et de la chaleur. Une inertie devait aussi se créer, si bien que la première année de son fonctionnement ne donnait pas le rendement des années suivantes.

Il y a quatre grands types de glacière : la glacière ordinaire, qui est le type le plus répandu et auquel appartient celle de Tourinnes-la-Grosse ; la glacière anglaise (dispendieuse), qui est implantée dans des terrains plus humides et qui dispose dès lors d’une double enveloppe afin d’empêcher toute infiltration ; la glacière américaine, qui est une construction entièrement érigée hors-sol ; et la glacière rectangulaire, beaucoup moins courante et couverte d’une voûte en berceau.

Au 18e siècle, c’est durant la nuit que la glace était découpée dans les plans d’eau gelés les plus proches. Elle était chargée dans des tombereaux puis transportée jusqu’à la glacière où elle était pilée sur place en blocs compacts. Des fagots de bois ou des chevrons entrecroisées étaient disposés dans le fond de la cuve pour isoler la glace des eaux de fonte. Les parois latérales et le sommet de la cuve étaient pourvus d’un manteau de paille pour optimiser l’isolation thermique. Les pains de glace étaient disposés dans la glacière par couches successives entre lesquelles était aspergé un peu d’eau pour homogénéiser l’ensemble et éviter les vides. L’ouvrage était ensuite fermé jusqu’aux mois plus chauds. La récolte de la glace dans la glacière se faisait aux heures les plus fraiches, à l’aide d’un piolet, pour être ensuite stockée dans une armoire à glace installée dans les cuisines.

En Wallonie et à Tourinnes-la-Grosse

Dans les années 1980, l’ASBL « Qualité Village Wallonie » a répertorié près de 200 glacières à glace naturelle en Wallonie[2]. La glacière de Tourinnes témoigne donc d’une pratique courante mais néanmoins destinée à une population privilégiée.

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Relevé de la glacière de Tourinnes-la-Grosse

Son accès se faisait sur l’arrière de la cure actuelle, le long du mur d’enceinte de la propriété. Il est signalé par une petite construction aux moellons de pierre de Gobertange soigneusement équarris et assisés, couverte par une petite bâtière ardoisée qui abrite un escalier. C’est au bas de celui-ci que se trouve la première porte de la glacière, aujourd’hui disparue mais conservant son encadrement et ses gonds originaux. Vient ensuite un étroit couloir coudé en brique, qui court sur 4 m de long et débouche sur le niveau supérieur de la glacière, entièrement maçonnée en brique. Cette petite pièce sur plan circulaire mesure 185 cm de diamètre et est couvert par une remarquable coupole dont le sommet culmine à 2 m. Le couvrement est percé par un singulier orifice de remplissage qui passe sous le mur du domaine et débouche sur la voirie. Cette position permettait le déchargement efficace de la glace à partir de la rue. La coupole a la particularité d’avoir, en plus d’un anneau axial, cinq anneaux périphériques destinés à accrocher des denrées au frais. Le sol de ce niveau est creusé par un trou d’homme, fermé originellement par une trappe qui faisait office de deuxième porte. C’est là en-dessous que se situe l’espace de stockage de la glace. Il est de la même forme que le niveau supérieur et a une contenance d’un peu moins de 5 m3. Pas de puisard à Tourinnes car à cette profondeur le sol est fait de sable jaune qui assure une percolation naturelle de l’eau de fonte. Le cubage des glacières répertoriées en Wallonie est au minimum deux fois plus important que celui de Tourinnes, ce qui veut dire qu’il s’agissait bien d’un usage privé pour des propriétaires particulièrement aisés.

Bien avant d’être un presbytère (3ème quart du 18e siècle), et avant d’être modifié en une ferme ou une métairie, le corps de bâtiments principal, implanté en L, devait être selon toutes vraisemblance une sorte de manoir habité entre le 17e et le début du 18e siècle par un petit seigneur local dont l’histoire n’a malheureusement pas retenu le nom.

Après l’abandon de la glacière au profit des frigidaires domestiques, l’ancien espace de stockage assure l’évacuation des eaux de pluies qui ruissèlent dans l’abri, postérieur à l’érection de la glacière mais difficilement datable. Aujourd’hui, le projet est de remettre la glacière en route afin d’en vérifier son efficacité et d’en expliquer son fonctionnement lors des prochaines Journées du patrimoine au thème évocateur : Le patrimoine insolite. Les dessous du patrimoine.

Mathieu BERTRAND

 

 

Repères bibliographiques

 

- Approvisionnement et Consommation de la Glace à Paris, dans L’Illustration, Journal Universel, vol.4, 1844, p. 564.

- BARTELEMY F., La glace, dans Le journal des confiseurs, pâtissiers, glaciers, fabricants de chocolat, biscuits, fruits confits, confitures, conserves, etc. Paris, 6, juin 1909, pp. 161-168.

- CARACCIOLI L-A., Dictionnaire critique, pittoresque et sentencieux, propre à faire connoître les usages du siècle ainsi que ses bizarreries, t. 1er, Lyon, 1768, p. 252.

- DERAMAIX I., LAURENT F., SARTIEAUX P-P., Tournai/Tournai : une glacière dans une demeure de la rue Perdue, dans Chronique de l’Archéologie wallonne, 15, 2008, pp.73-74.

- LIGER L., La nouvelle maison rustique, ou économie générale de tous les biens de campagne. La manière de les entretenir & de les multiplier. 3e édition, Paris, 1721, pp. 45-46.

- MORIN C., Au service du château. L’architecture des communs en Île-de-France au XVIIIe siècle, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2008, 471p.

- ROBBERT L., Les glacières à glace naturelle de Wallonie, coll. Héritages de Wallonie, Liège, Éditions du Perron, 1989, 100p.

- SPINNER B., PRODOSCIMI P., Aspects scientifiques de la fabrication de la conservation de la glace, dans ROUSSELLE A (dir.), La glace et ses usages, Perpignan, 1999, pp. 105-112.

 

 

 

 



[1] La première moitié du 18e siècle est réputée pour ses hivers rigoureux, propices à la récolte d’une glace de bonne qualité en vue de sa conservation optimale. De plus, la mode des préparations glacées se serait également imposée avec le goût de Louis XIV pour ces dernières.

[2] Il doit en exister bien plus car la majorité des châteaux, villes, laiteries, boucheries, brasseries étaient équipés de cette technique capable de conserver la glace produite naturellement.

 

 

 

AVIS AUX CURIEUX!

Le dimanche 9 juin prochain, visite guidée de la glacière.

Informations et inscriptions: Mathieu Bertrand - mmc@beauvechain.be - 0473 98 02 64

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